Post-Mortem

Nous sommes le 7 janvier, il est temps d’éteindre les lumières et de fermer la porte de l’Atelier Bradbury. Après l’avoir occupé et rempli de feuilles volantes pendant un an, après avoir barbouillé les murs d’histoires finies et d’autres qui attendent toujours leur point final, ça me fait un peu bizarre de me dire que je n’y reviendrai plus, en tout cas pas tout de suite. Non pas que j’ai été présent autant que je l’aurais souhaité. Sur un an, j’aurais dû écrire cinquante deux nouvelles, une par semaine. Au final, j’en ai trente-deux qui attendent l’heure de la relecture, trente-trois même puisqu’il y en a une qui traîne dans mes carnets. Je n’ai pas réussi à accomplir mon objectif, mais ce n’est peut-être pas plus mal : ça veut dire que j’ai su laisser couler quand il le fallait, sans me mettre de pression inutile. Trente-trois histoires, et sept autres inachevées. Je n’arrive pas vraiment à réaliser. Il est sans doute temps de faire le point. Un petit résumé des événements : le premier janvier dernier, Lia et moi nous sommes lancés de concert dans les traces de Neil Jomunsi pour accomplir ce qu’on appelait alors le Projet Bradbury. Je la laisserai faire son propre récit ; de mon côté, ça s’est plutôt bien passé tout du long, avec bien sûr tous les creux et toutes les bosses que ça implique. Je n’ai pas toujours écrit un texte par semaine, en particulier cet été et ces deux derniers mois, mais dans l’ensemble, je me suis souvent rattrapé, j’ai été régulier, j’ai écrit. Ca n’a pas toujours été évident et je me suis couché à 5h du matin plus de fois que je n’aurais voulu pour finir un texte. Je me suis parfois découragé et j’ai souvent voulu raccrocher la plume, mais je ne me suis pas laissé faire. Déjà parce que plein d’événements me poussaient à écrire, entre les write-in à Lyon et les matchs d’écriture des Oniriques et des Imaginales. Ensuite parce que j’ai eu des lecteurs patients et motivés pour me pousser à raconter mon histoire tous les mercredis. Merci à vous, les voyageurs qui avez posé vos sacs un moment dans mon atelier pour me lire, vous m’avez soutenu et aidé à garder le rythme pendant un an et c’est formidable. Je regrette de ne pas toujours avoir eu le temps de relire avant de poster, mais ça, ce sera l’affaire de 2016. Et finalement, qu’est-ce que j’ai retiré de cette expérience ? Pas mal de choses : d’abord, ce n’est pas impossible de garder le rythme. On pourrait croire qu’inventer une histoire par semaine c’est compliqué, mais en fait, non : elles sont tout autour de nous. Dans une phrase échappée de quelqu’un, une pensée saugrenue le matin au réveil, un mouvement de foule, un effet de lumière sur un bâtiment, une idée notée sur un coin de carnet… Et puis quand il n’y a rien (parce qu’on a pas eu le temps, qu’on a pas regardé partout, qu’on a un peu la flemme), il suffit de créer l’inspiration. Demander à quelqu’un une contrainte, c’est déjà faire les deux premiers pas pour écrire, celui de l’envie et de la motivation, et celui du lecteur qui veut lire le résultat. Il suffit rarement de plus pour se lancer – même si ça prend parfois un peu de temps pour décanter. Le plus compliqué, finalement, c’est poser le point final. Une date butoir aide à se structurer pour rester dans les temps, mais elle ne fait pas toujours tout. Pour surmonter la difficulté j’ai dû expérimenter des techniques, apprendre deux ou trois choses sur ma manière de fonctionner et parfois accepter d’échouer. C’est peut-être la leçon la plus importante que j’en retire : il n’y a rien de grave à ne pas réussir, parce que ça ne signifie pas qu’on va s’arrêter là. Et puis bien sûr, j’en ressors avec trente-trois histoires. Des longues, des courtes, des bien et d’autres moins. Je n’ai pas compté, mais je pense que c’est presque autant, en un an, que tout ce que j’ai écrit depuis mon premier texte, Et la pluie tombait, à treize ans. C’est insensé, comme chiffre. Je vais avoir plein de boulot pour retaper tout ça. Et maintenant ? Finir les textes inachevés, corriger les textes déjà écrits, peut-être compléter pour arriver tout de même à cinquante deux… 2016 s’annonce riche et la porte de l’Atelier restera entrouverte. Mais je ne me mettrai pas plus la pression que l’an dernier : je n’écrirai que quand j’en aurai l’envie et le temps, et je ne me sentirai pas coupable de ne pas le faire. Mon rythme du mercredi ne sera pas évident à reprendre. Je suis toujours en train de chercher mes marques dans ma nouvelle vie et le temps de me reposer. Mais ça viendra. C’est déjà venu une fois, après tout.

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